Non, le naturel ne revient pas au galop ! (1/3)

   S’il est vrai que la vox populi véhicule des vérités pleines de bon sens, dont nombre de nos responsables politiques feraient bien de s’inspirer de temps à autre, il arrive aussi hélas! qu’elle accouche d’adages d’une rare bêtise. Parmi ceux-là, la palme de la stupidité me semble revenir à : “Chassez le naturel, il revient au galop”. Cette pseudo évidence a quelque chose d’irritant, et ce d’autant plus, que lorsqu’on regarde le sourire qui régulièrement l’accompagne, on croit y lire la joie perverse des tartarins auxquels jamais rien n’arrive, empêtrés qu’ils sont dans leurs habitudes et leur routine.

D’échec en échec...

  “Chassez le naturel”, donc, vous l’aurez compris, me déplaît et ce pour au moins trois raisons. D’abord, parce je n’aime pas cette façon qu’ont certains donneurs de leçons mieux sachant, spécialistes du prêt à penser, sinon du prêt à agir, de se réjouir du malheur des autres. Car vous l’aurez remarqué, ce n’est jamais dans un sens positif que cette chose est dite. Il y a toujours, à la clé, des “Te voilà bien coincé(e) !”, des  “Ha ! tu te croyais plus fort(e) que les autres !”, des “Je te l’avais bien dit !”, des “J’étais sûr que...” bref, toute sorte de commentaire visant à asseoir la supériorité du nanti face au démuni. Ensuite, parce que j’y entends un immobilisme humain navrant. Chassez le naturel, cela veut dire : cessez de faire des vagues et laissez le monde dormir tranquille. N’ayez aucune pensée originale, ne montrez aucune curiosité de vie, faites vos petites affaires dans votre coin, mais ne revendiquez aucune aventure. Enfin, parce que ce genre de formule, ça vous sape d’un seul coup tous les efforts que peuvent faire mes concitoyens pour essayer d’améliorer leur condition et s’améliorer eux-mêmes.