S’il est vrai que la vox populi véhicule des
vérités pleines de bon sens, dont nombre de nos
responsables politiques feraient bien de s’inspirer de temps à
autre, il arrive aussi hélas! qu’elle accouche d’adages d’une
rare bêtise. Parmi ceux-là, la palme de la
stupidité me semble revenir à : “Chassez le naturel, il
revient au galop”. Cette pseudo évidence a quelque chose
d’irritant, et ce d’autant plus, que lorsqu’on regarde le sourire qui
régulièrement l’accompagne, on croit y lire la joie
perverse des tartarins auxquels jamais rien n’arrive,
empêtrés qu’ils sont dans leurs habitudes et leur routine.
D’échec
en échec...
“Chassez le naturel”, donc,
vous l’aurez compris, me déplaît et ce pour au moins trois
raisons. D’abord, parce je n’aime pas cette façon qu’ont
certains donneurs de leçons mieux sachant, spécialistes
du prêt à penser, sinon du prêt à agir, de se
réjouir du malheur des autres. Car vous l’aurez remarqué,
ce n’est jamais dans un sens positif que cette chose est dite. Il y a
toujours, à la clé, des “Te voilà bien
coincé(e) !”, des “Ha ! tu te croyais plus fort(e) que les
autres !”, des “Je te l’avais bien dit !”, des “J’étais
sûr que...” bref, toute sorte de commentaire visant à
asseoir la supériorité du nanti face au démuni.
Ensuite, parce que j’y entends un immobilisme humain navrant. Chassez
le naturel, cela veut dire : cessez de faire des vagues et laissez le
monde dormir tranquille. N’ayez aucune pensée originale, ne
montrez aucune curiosité de vie, faites vos petites affaires
dans votre coin, mais ne revendiquez aucune aventure. Enfin, parce que
ce genre de formule, ça vous sape d’un seul coup tous les
efforts que peuvent faire mes concitoyens pour essayer
d’améliorer leur condition et s’améliorer
eux-mêmes.