La reconnaissance (2/3)
Pourquoi la
reconnaissance est-elle si malaisée ? L’analyse n’est pas si
difficile à faire. D’abord, parce que, contrairement à ce
que nous pourrions penser, nous n’aimons pas tant que cela que les
autres nous rendent service : dans notre monde comptable, tout service
rendu implique un renvoi d’ascenceur. Ensuite, parce que la position de
demandeur est assimilée à une infériorité
selon une règle absurde qui veut que pour être fort, il
faut n’avoir besoin de rien ni surtout de personne! Mais au delà
de ces deux raisons, il me semble qu’il en existe une troisième,
plus triviale hélas ! : c’est l’état d’appauvrissement
relationnel et communicationnel de notre société dont
d’aucuns commencent sérieusement à la qualifier de
« barbare ». Nos rapports sociaux se banalisent,
s’appauvrissent, se déssèchent, et hélas ! nos
sentiments vont à l’avenant.
La reconnaissance, c’est le
feelback de la générosité
Personnellement, je m’efforce de cultiver mes reconnaissances
(je mets un pluriel car du haut de mes cinquante-cinq ans, j’en
ai accumulées quelques unes) du mieux que je peux en gardant vif
le souvenir de ces aides précieusement données et
précieusement reçues. Je sais que je leur suis moralement
redevable et j’essaie de ne pas l’oublier. Mais au delà de la
dimension morale (c’est « bien » de se souvenir qu’untel
m’a sorti d’un grave problème) ce que je veux surtout garder
fortement dans ma mémoire, c’est le sentiment qui a
accompagné ma reconnaissance et qui l’accompagne encore. Car le
plus important, dans la reconnaissance, c’est le sentiment qui va avec.
C’est une chaleur qui vous prend le cœur parce que vous vous apercevez
que vous n’êtes pas seul au monde, que la vie et les gens ne sont
pas si cruels que ce que l’on dit. Dans sa chanson pour l’Auvergnat,
Brassens a magnifiquement chanté la reconnaissance. Vous vous
souvenez ?
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