Peut mieux faire ! (1/3)
Mai est là. Les jours s’allongent,
l’été ne demande qu’à enfoncer
la porte, avec les “grandes vacances” à la
clé. Le mois de mai, c’est le cartable des impératifs
scolaires qui s’allège tandis que les clochettes
de muguet embaument l’air et étourdissent nos sens.
En termes de scolarité, le mois de mai est un mois d’évaluation
sanctionnant la sagacité et la régularité
active dont votre enfant a fait preuve à l’école,
une sorte de bilan avant terme de son année. Les notes
sont ce qu’elles sont, bien ou malvenues, chanceuses ou
malchanceuses, méritées souvent, arbitraires souvent
aussi, baromètre de l’état physique, mental
et émotionnel de votre enfant plus que de son intelligence,
de son savoir ou de son travail.
Que vaut mon rejeton ? Les notes sont là pour le dire,
laconique plaidoyer d’un système pédagogique
plutôt paternaliste et répressif à la française
comme disent les gens de la politique. Mais, il n’y a pas
que les notes : il y a les commentaires personnels des profs ou
des instits, ce qu’on appelle les observations, ou encore,
les appréciations. Et ça, c’est encore toute
une histoire. Car là, il ne s’agit plus de critères
de classement objectifs, mais du regard qu’une personne
humaine porte sur votre enfant. Qu’est cette personne dans
la vie, comment voit-elle le monde, comment considère-t-elle
le progrès, la culture, l’humanité, quelle
est sa position face à la souffrance humaine, à
l’injustice, a-t-elle elle même le goût de l’effort,
se remet-elle régulièrement en question, à
quoi ressemble sa vie personnelle, en souffre-t-elle, en est-elle
satisfaite, a-t-elle elle-même des enfants, s’en sort-elle
bien avec eux, vit-elle en couple, est-elle atteinte d’une
maladie, bref, toutes choses qui relèvent de la sphère
intime et privée dont on ne demande à aucun prof
de se justifier mais qui pourtant nous éclairerait sur
le regard, pis, le jugement que porte cette personne sur votre
enfant.
Car c’est ainsi que nous le recevons, même si ce n’est
pas ainsi qu’il est exprimé : comme un jugement.
Cet enfant que vous avez mis neuf mois à concevoir, x années
à faire devenir grand avant qu’il n’intègre
l’école primaire, cet enfant dont vous voudriez dire
au prof : “je vous confie sept heures par jour ce que j’ai
de plus précieux au monde, prenez-en bien soin, ne heurtez
pas sa sensibilité, préservez ses rêves, ne
ne fatiguez pas trop”, cet enfant donc, hé ! bien
“on” vous le réduit, on vous le juge en trois
lignes d’environ sept centimètres de long..