Peut mieux faire ! (2/3)
Ces appréciations sont curieuses
et relèvent d’une philologie très différenciée.
En fait, il faudrait prendre le mot du prof au premier sens du
terme ; s’il dit : “Bien dans l’ensemble”,
nous devrions pouvoir nous réjouir du bien et de l’ensemble.
Mais non, paradoxalement, plus il y a de mots, et plus l’appréciation
centrale s’en trouve amoindrie. Si le prof écrit
“Bien”, c’est bien, un point c’est tout.
Mais s’il écrit “Bien dans l’ensemble”,
cela signifie que c’est “bien mais”, en d’autres
termes, il doit y avoir un petit recoin quelque part qui n’est
pas fameux. Or, notre perception subjective tend à ne retenir
que ce qui vient après le bien et à ne pas considérer
celui-ci pour ce qu’il est : bien !
Il n’y a de vision qu’en perspective, disait Nietzsche.
Pour l’avoir expérimenté moi-même
du temps que j’étais prof de français en Allemagne,
je ne puis m’empêcher de penser que les appréciations
sont influencées par trois choses : le caractère
du prof, sa vocation et la tendance pédagogique relevant
du système éducatif d’ensemble, ce que nous
appelons l’Education nationale, et qui se rattache peu ou
prou à la sienne propre. S’agissant de son caractère,
il est évident que votre enfant ne sera pas perçu
de la même manière selon que son prof est un caractère
à tendance hystérique, paranoïde, schizoïde
ou obsessionnelle. De même ne sera-t-il pas perçu
de la même manière selon qu’il aura embrassé
cette profession par passion des enfants, par amour de l’Art
ou par commodité personnelle (vacances longues et fréquentes,
statut de fonctionnaire, sécurité de l’emploi...).
Pour ce qui est enfin de la philosophie pédagogique de
l’Education nationale, elle me fait penser à l’Alceste
de Molière qui veut “Que nos sentiments ne se masquent
jamais sous de vains compliments”.
Quand on est prof, l’idéal, c’est d’être
à une certaine distance de l’élève,
rester ferme, rigoureux et éviter d’être optimiste,
d’encourager et de complimenter. Sauf pour les deux ou trois
très mauvais élèves pour lesquels l’encouragement
pourra faire figure d’aumône ou d’assistance
respiratoire selon le cas, et pour les deux ou trois “premiers-de-la-classe”
porte-étendards de la légitimité du prof.
Mais si l’on enlève les six élèves
de ces deux extrémités, quelle appréciation
réserver au gros de la troupe, ceux qui ne sont ni excellents,
ni mauvais élèves ? Si un prof met “en progrès”
ou “travail régulier” à toute cette
troupe, quelle appréciation devra-t-il trouver pour les
mauvais qui s’améliorent ? C’est là
qu’intervient le sésame salvateur pour le prof et
hélas ! anéantisseur d’efforts pour l’élève
et d’illusions pour les parents. J’ai nommé
: “Peut mieux faire” et sa banderille “s’il
s’appliquait davantage”.
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