La sagesse, ça vient quand ? (1/3)

J’aurais aimé vous parler de communication interpersonnelle aujourd’hui, et puis voilà que mon journal d’information amical de vingt heures m’oblige à changer de programme. Coup sur coup, j’apprends que deux couples d’amis, avec deux enfants chacun (dont un qui n’a pas encore deux mois), viennent de se séparer. Le reportage ne manque pas de sel : “Il ne s’occupait de rien, il était complètement absent, totalement irresponsable !” dénonçait l’une. “Elle nous rendait la vie impossible à tous, une vraie hystérique”, martelait l’autre. “J’en ai assez de recevoir des ordres, j’ai passé l’âge” accusait le troisième. “Il était d’une méchanceté perverse avec les enfants” révélait la quatrième.
“Non ! pas possible. On n’aurait pas dit, pourtant... Pourquoi les gens n’arrivent-ils plus à vivre correctement ensemble ? La sagesse fout le camp ou quoi ? Exit, donc, la communication relationnelle, pensai-je, j’écrirai mon papier sur la sagesse.
“Les progrès de l’humanité se mesurent aux concessions que fait la folie des sages à la sagesse des fous”, aurait, paraît-il, dit Georges Clemenceau. Ca sonne bien. Toutefois, trois choses me dérangent dans cet aphorisme. Primo, en matière d’humaine sagesse, je ne vois pas grand progrès depuis Platon ; secundo, le degré de folie des sages reste, me semble-t-il, assez inquiétant ; tertio, la sagesse des fous, doit être si subtile que nul ne parvient réellement à la percevoir. En résumé, quand je regarde autour de moi, je vois beaucoup de folie, mais de sagesse, point.

Le vingt et unième siècle sera-t-il autiste ?
Mais, et même si je sais qu’elles se trouvent liées, ce n’est pas tant de la folie ou de la sagesse collective que je voudrais vous parler aujourd’hui que de celles qui nous sont personnelles. Que notre société engendre folie, absurdité, violence, aliénation collective, après tout, cela peut paraître concevable sinon incontournable : toute communauté ayant pour tâche de faire régner l’ordre en son sein, comporte sa part d’arbitraire et de névrose. Mais nous, c’est-à-dire vous, moi, nos proches, ceux que nous fréquentons quotidiennement : nous sommes des gens généralement plutôt bien, plutôt gentils, conciliants, généreux, altruistes au fond de nous-même, non ? Alors, comment en vient-on à être si mesquin, si égoïste, si indifférent, si opportuniste, si lâche ? Où passe notre bon sens élémentaire, notre aptitude à apprécier, à juger les situations et les gens ? Où passe notre pratique sociale, notre goût de l’effort individuel, notre sentiment d’appartenance communautaire, notre entregent ? Je ne sais pas vous, mais moi, au vu de l’ambiance générale qui règne actuellement dans notre pays, je serais tenté de dire, à la manière de Malraux : “Le vingt et unième siècle sera autiste ou ne sera pas”.

Quand un être est sincère, c’est réciproque.